16 Juin 2026
« L’examen par le Parlement du projet de loi visant à mieux encadrer l’enseignement supérieur privé à but lucratif répond à une nécessité : réguler certaines dérives. Cette opportunité de clarification témoigne d’une volonté de protéger les étudiants et de garantir un gage de qualité dans l’enseignement supérieur français.
Cette régulation est nécessaire. Encore faut-il qu’elle évite une confusion persistante : celle qui consiste à considérer l’ensemble de l’enseignement supérieur privé comme un bloc homogène, car tous les établissements privés ne poursuivent pas la même logique.
D’un côté, certains répondent à des objectifs de rentabilité. De l’autre, les 64 établissements labellisés Établissements d’enseignement supérieur privé d’intérêt général (Eespig) remplissent une mission reconnue par l’État : former, accompagner et insérer les étudiants dans une logique non lucrative. L’Institut catholique d’arts et métiers (Icam), école d’ingénieurs généralistes, en fait partie.
Un cadre légal déjà établi, porté par un réseau associatif
Ce label d’Eespig, nous ne l’avons pas inventé. Il a été instauré par la loi du 22 juillet 2013 relative à l’enseignement supérieur et à la recherche.
C’est le ministère de l’enseignement supérieur qui le délivre, après avis du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche, sur la base d’un contrat pluriannuel avec l’État et d’un cahier des charges aussi exigeant que celui applicable aux établissements publics.
Derrière cette reconnaissance, il y a aussi une histoire collective. La Fédération des établissements d’enseignement supérieur d’intérêt collectif (Fesic), née en 1969, a été l’une des voix qui ont porté la création de ce label en 2013. Elle rassemble aujourd’hui 31 grandes écoles d’ingénieurs, de management, d’arts et de sciences humaines, dont la grande majorité sont labellisées Eespig.
Elle ne délivre pas le label (c’est l’État qui s’en charge) mais elle fédère, représente et fait vivre ce modèle au quotidien.
Ce modèle Eespig repose sur une conviction simple : l’enseignement supérieur doit d’abord servir l’intérêt général. Aucun actionnaire à rémunérer, aucun dividende à distribuer. Et une logique dont la finalité est proche de celle qui anime l’enseignement supérieur public au travers d’un contrat avec l’État. Chaque euro est réinvesti dans la formation, la recherche, l’innovation pédagogique et l’accompagnement des étudiants.
Un enjeu industriel stratégique
Ce modèle est loin d’être marginal : les Eespig accueillent plus de 180 000 étudiants en France. Ils délivrent des diplômes reconnus par l’État, accueillent des étudiants boursiers et contribuent à la diversité sociale.
Ils constituent aussi un modèle économiquement pertinent. Selon la Fesic, un étudiant formé dans ce type d’établissement représente pour les finances publiques un coût annuel inférieur de plus de 11 000 € à celui d’un étudiant dans l’enseignement public.
Mais l’enjeu dépasse la seule question budgétaire. Dans les écoles d’ingénieurs, nous formons les compétences dont la France manque déjà : des ingénieurs conscients et capables d’accompagner les transitions écologiques, sociales et numériques, des ingénieurs généralistes tournés vers l’industrie, des hommes et des femmes engagés au service de la société et du monde économique.
Au moment où le pays parle de réindustrialisation, de souveraineté technologique et de transition écologique, ces talents deviennent stratégiques. Au-delà de former des ingénieurs, il s’agit de bien les former, à travers des parcours de qualité. La France ne pourra pas se réindustrialiser sans former davantage de profils scientifiques et techniques.
Donner de la visibilité aux familles
Encore faut-il que les familles puissent identifier clairement les établissements qui relèvent d’une logique d’intérêt général. Parcoursup ne met pas en évidence cette labellisation pourtant déterminante : aucun filtre dédié, aucune fiche pédagogique systématique, une signalétique distinctive mais aucune information sur ce que cela implique.
La communication institutionnelle, qu’elle émane du ministère, des rectorats ou des salons d’orientation, mentionne rarement le label. Résultat : seuls 15 % des lycéens et 12 % des parents connaissent le label Eespig au moment de formuler leurs choix sur Parcoursup.
Des centaines de milliers de familles s’orientent à l’aveugle, sans repère fiable pour distinguer les acteurs d’intérêt général des opérateurs lucratifs. Rendre le label Eespig visible de manière systématique sur Parcoursup et le faire connaître par une campagne dédiée, c’est la condition pour que les étudiants et leurs familles puissent faire un choix réellement éclairé.
Le débat parlementaire actuel offre l’occasion de clarifier durablement le paysage : stopper les abus lorsqu’ils existent, tout en reconnaissant pleinement les acteurs qui contribuent à une mission d’intérêt général.
Entre université publique et enseignement privé lucratif, la France dispose déjà d’un modèle d’avenir. Il est temps de lui donner la visibilité et la reconnaissance qu’il mérite. »
Gilles Vandecaveye, directeur général de l’Icam et membre de la FESIC