11 Juin 2026
Et si votre prochain repas vous était servi par un robot ? Loin de la science-fiction, ces machines circulent déjà dans nos restaurants, apportant plats et boissons jusqu’à votre table. Au-delà de la prouesse technique, une question demeure : sommes-nous vraiment prêts à partager notre dîner avec ces drôles de serveurs d’acier ?
Je m’appelle David RODRIGUEZ et je suis doctorant et chargé d’enseignement en sociologie à l’Icam site de Toulouse et au sein du laboratoire UTOPI. Depuis trois ans, je travaille sur le projet SOROBOT, qui vise à étudier le développement et l’acceptabilité de la robotique dans le secteur de l’alimentation. Ce projet est cofinancé par la région Occitanie et l’Icam site de Toulouse dans le cadre du Défi Clé « Robotique Centrée sur l’Humain » : un programme qui ambitionne de développer une robotique plus attentive aux enjeux sociaux, économiques et environnementaux.
Mais alors que se passe-t-il lorsque les robots s’invitent dans nos restaurants ?
Pour le comprendre, une enquête en ligne a été menée afin de mieux saisir l’opinion des consommateurs. Elle s’est appuyée sur une véritable “chasse aux robots” à partir de sources variées (presse locale, réseaux sociaux, sites de fournisseurs et de restaurants) permettant d’identifier 79 établissements en France équipés de robots de service, que nous avons ensuite cartographiés.
Ce recensement montre que, hormis un cas isolé en 2018, les investissements dans ces robots en France ont réellement débuté en 2020, dans le contexte de la crise sanitaire. La réduction des contacts humains, rendue possible par ces technologies, a alors constitué un argument clé pour leur déploiement. On observe également une forte présence de ces robots dans les restaurants asiatiques, qui représentent près de 80 % des établissements concernés. Cette tendance s’explique notamment par l’intégration de robots de service en Chine dès les années 2010, ainsi que par la domination de ses industriels sur ce marché à l’international. À titre d’illustration, les 113 robots recensés dans ces établissements ont tous été produits par des entreprises chinoises.
Une fois ces établissements identifiés, il restait à comprendre comment ces robots étaient perçus par les clients. Pour cela, nous avons analysé les avis laissés en ligne sur les pages Google Reviews de ces restaurants. Accessible via le service Google Maps, cette plateforme numérique permet aux internautes de partager leurs expériences dans les établissements qu’ils fréquentent. Nous avons ainsi collecté plus de 2 800 avis mentionnant le mot « robot ». Ces données donnent accès non seulement aux commentaires des clients, mais aussi aux notes attribuées, aux dates de publication ou encore à certaines informations sur le profil des utilisateurs.
Pour exploiter ces avis, nous avons d’abord cherché à les organiser. Concrètement, chaque commentaire a été lu et classé selon différents critères, afin d’identifier si le robot était perçu de manière positive, négative ou plus nuancée, et pour comprendre ce qui motivait ces jugements. Une fois ce travail réalisé, nous avons analysé l’ensemble des données pour faire ressortir des tendances générales, mais aussi pour voir s’il existait des liens entre certains critères (par exemple entre la note attribuée au restaurant et la manière dont le robot est perçu). Cette approche permet de passer d’une multitude d’avis individuels à une vision d’ensemble plus structurée.
Les résultats montrent tout d’abord que les robots de service sont globalement bien perçus par les clients, avec près de 80 % des avis exprimant une opinion positive. Les éléments les plus souvent mentionnés par les clients sont la capacité à divertir du robot et son apparence « mignonne ». En revanche, malgré une appréciation positive, nos données indiquent que la présence du robot ne semble pas avoir d’impact sur la note globale attribuée au restaurant. Un lien apparaît toutefois entre la note et la perception du robot : lorsque l’expérience au restaurant est jugée négative, le robot l’est souvent aussi, et inversement. Enfin, bien que les commentaires négatifs ne représentent que 13 % des avis, les critiques adressées aux robots se concentrent autour de trois principaux arguments :
- Le confort du repas : certains clients évoquent un bruit jugé excessif ou une présence jugée intrusive, qui peut perturber l’ambiance du restaurant ;
- Le fonctionnement du robot : des difficultés d’utilisation, des problèmes techniques ou encore un manque d’autonomie nécessitant des interruptions de service ;
- Les valeurs associées à la robotisation : pour certains consommateurs, ces technologies sont perçues comme une menace pour l’emploi ou comme une dégradation des conditions de travail.
Les robots de service apparaissent ainsi comme des acteurs bien acceptés, tant qu’ils restent à la périphérie de l’expérience du repas. Mais cette acceptation reste-t-elle la même lorsque les robots s’approchent du cœur même de l’alimentation, en participant directement à la préparation des plats ?
Ce questionnement s’inscrit dans la continuité du projet SOROBOT. Il nous a conduits, dans un second temps, à mener une expérience au sein de la plateforme de recherche OVALIE et le restaurant toulousain Toto Bello. Des résultats qui permettront d’aller plus loin dans la compréhension de l’acceptation des robots dans le secteur de l’alimentation.
Pour en savoir plus sur le projet, consultez sa page officielle directement sur le site du Défi Clé « Robotique Centrée sur l’Humain » : Avancées du projet SOROBOT.
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David RODRIGUEZ
Doctorant et chargé d’enseignement à l’Icam site de Toulouse
Laboratoire UTOPI – UMR 5311

