Le travail de la transition : un colloque pour repenser le changement écologique
Écologie intégraleRecherche
13 Mai 2026
Du 15 au 24 avril 2026, l’Icam proposait, pour la première fois, un colloque intitulé « Le travail de la transition : de la personne à l’organisation. Les leviers matériels, moraux et spirituels de la transition écologique ». L’événement, co-organisé par Sylvain Lavelle, enseignant-chercheur en philosophie et Louise Geisler-Roblin, enseignante – chercheuse en philosophie et sciences sociales à l’Icam Grand Paris Sud, s’est déployé sur six journées, douze sessions et trois lieux : la Sorbonne, le site de Grand Paris Sud et la Creuse pour ancrer la réflexion dans une réalité concrète de transition.
Partir d’un constat lucide
La transition écologique représente un défi immense pour l’humanité d’aujourd’hui et pour celle de demain. Il est probable qu’une approche uniquement matérielle, fondée sur la seule innovation, ne suffira pas à provoquer les changements nécessaires, surtout si elle perpétue un modèle socio-économique qui se trouve à l’origine de la crise. Explorer d’autres voies de transformation, davantage ancrées dans les dimensions morales et spirituelles, tel était l’enjeu de ce colloque. Une démarche lucide, même si elle implique de relever le défi de traduire ces réflexions en actions concrètes et cohérentes dans tous les secteurs de l’activité humaine.
Penser la transition dans le monde du travail
Les 15 et 16 avril à la Sorbonne, le colloque a exploré les fondements philosophiques et anthropologiques de la transition, avec plusieurs interventions autour, notamment, du sens écologique du travail, des liens entre activité, valeurs et projets collectifs, de la transformation des imaginaires. Plusieurs tables rondes se sont déroulées, confrontant les différents modèles de transition (de la Troisième Révolution Industrielle au Green Deal, de la « Petite » à la « Grande » Transition…), abordant les modes d’action concrets de l’État et de l’entreprise, ou encore l’esprit de l’écologie et le travail humain.

Première partie du Colloque à La Sorbonne

Poursuite des réflexions sur le site de l’Icam Grand Paris Sud
Les 17 et 18 avril à l’Icam Grand Paris Sud, les échanges se sont recentrés sur l’organisation du travail elle-même, l’écologisation des travailleurs et de leurs pratiques, les aspirations de la « Génération Z », le pilotage du changement écologique en entreprise. Une table ronde a donné à réfléchir aux équilibres de la gouvernance écologique : responsabilisation des collectifs, instruments du changement, choix de valeurs. Le changement écologique et l’organisation du travail étaient au cœur d’une autre table ronde abordant la réduction du temps de travail, l’approche low-tech comme levier de sobriété, et la transformation interne des organisations face aux impératifs socio-environnementaux.
Un colloque enraciné dans la recherche et l’engagement
Les 23 et 24 avril, le colloque a pris une autre dimension en s’ancrant dans le territoire de la Creuse, avec la présence, aux côtés des chercheurs, de nombreux acteurs de terrain : gestionnaires de forêts, agricultrices engagées, porteurs de projets locaux, représentants de dynamiques comme les chantiers des « Transitions limousines ». Un temps qui a permis de nourrir un vrai dialogue entre la recherche et l’action engagée.

La mésologie, science des relations entre les humains et leurs milieux, a offert une grille de lecture pour penser l’attachement au lieu, le sens du territoire et les dynamiques de transition locale. Les communs ont occupé une place centrale dans la réflexion sur le changement, en questionnant les formes d’organisation collective alternatives, les rôles que joue la gestion durable des forêts, des eaux, des énergies locales.

Une visite de terrain, organisée par Vincent Magnet, gestionnaire de forêts indépendant, administrateur de l’association Les Tisserands, administrateur des Sources et Rivières du Limousin, membre du conseil scientifique et technique du Conservatoire d’espaces naturels Nouvelle Aquitaine, a clôturé le colloque en mettant les pieds dans la réalité concrète d’une transition en actes.
Qu’est-ce qui met réellement en mouvement ?
Au fil des six journées, une question transversale a émergé avec une acuité particulière. Comme le soulignent Louise Geisler-Roblin et Sylvain Lavelle, « il n’est en rien acquis que le référentiel de la transition écologique soit stabilisé et univoque » et c’est précisément là que réside l’un des défis majeurs. Qu’est-ce qui fait qu’une dynamique prend chez un individu et au sein d’un collectif ? Qu’est-ce qui met en action et transforme une prise de conscience en engagement durable ? Ces questions, qui font le lien entre la réflexion de la philosophie et les choix du quotidien, ont traversé l’ensemble du colloque et continueront d’alimenter les travaux des organisateurs et des participants.
Le colloque était organisé avec le soutien de trois centres de recherche :
– Sciences Normes Démocratie (Sorbonne Université / CNRS),
– Logiques de l’agir (Université Marie et Louis Pasteur),
– Le Centre Éthique Technique Travail Société de l’Icam.