Écologie intégrale
11 Juin 2026
A l’occasion d’un webinaire organisé le 19 mai par la commission Transition écologique et sociétale de la CDEFI, consacré à la formation des ingénieurs aux low-tech, Rémy Ducros, coordinateur du groupe low-tech à l’Icam et animateur des fablabs, a présenté la démarche singulière de l’école. Une intervention qui a mis en lumière son engagement, formalisé lors du Conseil de perfectionnement de mai 2025, sur la nature de l’ingénierie que l’Icam souhaite promouvoir à l’échelle de l’institution : une ingénierie de l’essentiel.
Pourquoi « ingénierie de l’essentiel » ?
Comme l’a rappelé Rémy Ducros, le mot « low-tech » est souvent mal compris, réduit à une opposition avec la « high-tech », ou même assimilé à du bricolage. C’est pourquoi à l’Icam, nous parlons de l’ingénierie de l’essentiel, une ingénierie recentrée sur les besoins réels, qui évite la complexité inutile sans sacrifier l’exigence technique. Une approche qui sait par exemple quand mobiliser l’intelligence artificielle, et quand s’en passer.
« Former des ingénieurs de l’essentiel, ce n’est pas former des ingénieurs « moins technologiques » : c’est former des ingénieurs capables de faire les bons choix technologiques dans un monde contraint. C’est apprendre à innover dans les limites du monde réel et comprendre que certains problèmes ne sont pas toujours ou seulement techniques », explique Rémy Ducros.
Trois critères, une philosophie
Cette approche repose sur trois critères essentiels que l’Icam a pleinement intégrés dans sa réflexion :
- Utile : le projet répond à un besoin réel et sera effectivement utilisé. La Tiny house réalisée par les étudiants de l’Icam Toulouse en est une illustration concrète : le temps consacré à l’analyse du besoin a été aussi important que celui de la conception.
- Accessible : facile à fabriquer, documenté, reproductible par des tutoriels de fabrication par exemple.
- Durable : robuste plutôt qu’optimisé, réparable, ancré dans son territoire.
À ces trois critères s’ajoutent, dans la stratégie Icam, les neuf critères définis par Arthur Keller, qui inscrivent l’approche dans une vision systémique intégrant sobriété, résilience et soutenabilité.

Une stratégie d’infusion
Ce qui distingue l’Icam, c’est le choix de l’infusion transversale. Objectif : irriguer progressivement les programmes, les projets, la vie de campus pour faire vivre collectivement l’ingénierie de l’essentiel.
C’est faire évoluer une manière de penser, de concevoir et d’agir en cohérence avec l’écologie intégrale, ancrée dans l’ADN de l’Icam.
📝Ce que vivent les étudiants en 4e année à l’Icam site de Nantes, dans le cadre du semestre professionnalisant I4.8 “ingénieur de l’essentiel”. Ce semestre, consacré depuis 2012 aux énergies renouvelables (ENR), a évolué depuis deux ans pour aller vers la low tech et l’ingénierie de l’essentiel, en conservant bien entendu les ENR.
« Comment mettre en adéquation le bon ajustement technologique par rapport aux besoins primaires, c’est ce à quoi nous formons les étudiants, dans le cadre des cours, des TD et pour les majeurs, de leurs projets. C’est à la fois retrouver le côté pratique et le savoir-faire, ce qu’ils adorent, tout en comprenant qu’il est possible d’utiliser la high-tech pour arriver à une solution qui est low-tech », précise Jean-François Largeau, enseignant-chercheur et chercheur au GEPEA. Cette année, les étudiants ont également travaillé dans le cadre de deux ateliers avec l’association Ruptur, acteur de l’économie sociale et solidaire, sur le business plan d’un projet low-tech, un indispensable pour pérenniser ces projets et assurer leur avenir avec une réalité économique.
💡illustration de cette infusion de l’ingénierie de l’essentiel, sur le site de Toulouse. Deux projets y sont menés, pilotés par Antoine Cruypenninck, ingénieur Icam et enseignant en gestion Industrielle et éco-conception, sur lesquels ont travaillé des étudiants dans le cadre de leur semestre professionnalisant I4.8 “construction durable”.
Le premier concerne la sobriété énergétique de la résidence Icam en visant une maîtrise des consommations énergétiques, avec très peu d’investissements. Objectif de la première étape : outiller, d’ici fin juin-début juillet, un appartement type avec un système informatique et des capteurs communicants sur les énergies et les fluides, pour récupérer de la donnée liée aux usages dans le respect de la confidentialité. Au-delà de l’aspect technique, ce projet interroge en effet les usages et les comportements, et comprend un volet important sur la pédagogie de la vie. « Des projets “pilote” montrent que nous pourrions gagner facilement 20% sur les consommations rien qu’en informant et en pérennisant une dynamique. Dans cette démarche, sobriété des usages et gain en confort vont de pair ! », souligne Antoine Cruypenninck.

Le second projet concerne la mise en place d’un système de rafraîchissement d’air ou adiabatique, dans une approche low-tech. Une vraie démarche scientifique avec des grandeurs physiques à caractériser, qui s’inscrit dans une approche d’économie circulaire.
« Il fait de plus en plus chaud dans nos bureaux, dans nos appartements, alors qui de mieux placés que des étudiants pour apporter une solution simple, abordable et diffusable, avec des techniques et des matériaux simples pour que chaque étudiant et collaborateur puisse le construire (open source) et qui ne soit pas cher », résume Antoine Cruypenninck. Plusieurs configurations ont d’ores et déjà été testées par les étudiants et les premiers résultats sont très encourageants… Le rendez-vous est pris pour une démonstration pleine de fraîcheur fin juin !