Campus numérique high tech, parcours ingénieur en 6 ans, déménagement du siège : l’Icam fait sa mue [Dans la presse]

L’Institut catholique d’arts et métiers, créé par les Jésuites en 1898, s’adapte au XXIe siècle : c’est le message que l’établissement multicampus (1) souhaite envoyer au travers de ses trois dernières initiatives majeures, que Jean-Michel Viot, son DG, détaille pour AEF le 8 juin 2017. Il s’agit d’abord du déménagement de son siège parisien, qui quitte d’anciens locaux bien trop vastes pour lui du 8e arrondissement pour le “Village by CA”, “plus grand lieu d’accueil de start-up parisien” (en attendant l’ouverture de Station F), géré par le Crédit Agricole. “Ce nouvel environnement va nous faire penser différemment”, assure-t-il. Il s’agit ensuite du campus numérique expérimenté à Paris-Sénart depuis la rentrée grâce à la technologie VMWare, encore peu connue dans l’ESR. Il s’agit enfin du projet de nouveau cursus ingénieur en 6 ans, qui se déploiera aussi en Inde et en Afrique.

Le Village by CA, dans le 8e arr. de Paris, qui accueille le siège de l’Icam. (c) Village by CA

S’il ne change pas de quartier, le siège du groupe Icam va changer d’atmosphère : début juin, la direction générale et la petite dizaine de personnes qui travaillent sur les fonctions support de l’école d’ingénieurs multicampus ont déménagé au sein du “Village by CA”, un espace dédié aux start-up qui a adopté les codes du genre (grand hall d’accueil et de networking sous la verrière, mur végétalisé, écrans géants, rooftop, salle de sport…).

Le hall d’accueil du Village by CA, au 55 rue la Boétie à Paris (c) Village by CA

Initiative du Crédit Agricole lancée il y a trois ans et répliquée dans d’autres villes en France et à l’étranger, ce lieu accueille aujourd’hui 95 jeunes entreprises, qui peuvent y louer des postes de travail à la moitié du prix du marché pendant deux ans. Une école d’ingénieurs, l’Icam, et bientôt une école de commerce, ont été retenues pour en être partenaires. “C’est un nouvel environnement pour nous, imprégné d’une culture qui va nous faire penser différemment”, assure Jean-Michel Viot, directeur général du groupe Icam, trop heureux de quitter les locaux anciens et trop vastes qu’il occupait jusqu’à présent à quelques pas de là. “Au final, nous y gagnons aussi sur le plan financier, et nous pouvons ainsi réinvestir cet argent dans des projets”, confie-t-il.

UN CAMPUS ET DES SALLES DE TP TOTALEMENT DEMATERIALISEES

Et les projets consistent notamment à dépoussiérer les modes d’organisation et de formation de l’école centenaire. Depuis septembre, le campus de Paris-Sénart expérimente ainsi un nouveau “campus numérique” qui permet à tous les étudiants, où qu’ils soient et quel que soit le matériel informatique qu’ils utilisent, d’avoir accès aux logiciels et aux cours de l’Icam.
“Ce sont des logiciels et des applications numériques, liés à la formation d’ingénieur, qui nécessitent normalement une grande capacité de travail. Mais nous utilisons une technologie très récente, développée par l’Américain VMWare, qui nous permet d’être beaucoup plus libres. À notre connaissance, nous sommes les seuls en Europe à l’avoir expérimentée, après deux universités américaines”, explique Jean-Michel Viot, qui se dit prêt à partager son expérience et à mutualiser certains services avec d’autres établissements d’enseignement supérieur. Le campus de Paris-Sénart n’a ainsi plus de salles de TP dédiées à ces logiciels. “Nous investissons un million d’euros pour déployer cette technologie sur nos six sites français.”
Sur le plan de la formation, l’Icam travaille sur un projet de nouveau cursus ingénieur, qui pourrait voir le jour à la rentrée 2018, si la CTI lui donne un avis favorable. L’idée est tout à la fois de “s’adresser à un nouveau public de lycéens” (au-delà des seuls bacheliers scientifiques), d’expérimenter de nouvelles pédagogies basées sur la “méthode Kolb” (démarrer par l’expérience pour aller vers les concepts théoriques) et d’injecter une “forte dimension internationale” à la formation, avec une ouverture simultanée du même programme en France, en Inde (sur le campus de l’Icam à Chennai) et en Afrique (où l’Icam opère au Cameroun et au Congo Brazzaville). “Et un an après, nous envisageons de l’ouvrir aussi au Brésil, soit à Sao Paulo soit à Recife.”

6 ANS POUR FORMER DES INGENIEURS AVEC UN BACKGROUND NON SCIENTIFIQUE

Dans ce futur cursus, la première année – dite de “propédeutique” – sera “modulaire”, selon l’origine des étudiants. Elle sera suivie des 5 années du cursus ingénieur, mais revisitées grâce à cette méthode pédagogique basée sur l’expérience et l’observation avant la théorie. “On pense que nous n’aurons pas forcément couvert autant de connaissances que via le cursus classique, mais qu’on aura donné une démarche d’apprentissage aux étudiants, ce qui leur servira toute leur vie”, explique Jean-Michel Viot. “Aujourd’hui, on privilégie les connaissances scientifiques à la démarche (la curiosité, l’inventivité…). Il faut donner envie de comprendre par soi-même.” À la fin, tous les étudiants obtiendront le même diplôme d’ingénieur Icam – déjà accessible par la voie classique ou par la voie de l’apprentissage.
La dimension internationale sera apportée en 3e et 4e années, exclusivement délivrées en anglais sur tous les campus : les étudiants devront passer une année au choix sur un autre campus, ce qui aboutira à créer un “environnement mixte” pendant au moins deux ans. Les deux premières années seront, elles, délivrées dans la langue du pays, tandis que la 5e se fera en France. Si ce schéma est accepté, la première promotion pourrait compter, en 2018, une vingtaine d’étudiants en France et une trentaine respectivement en Inde et en Afrique, pour un objectif à terme de 300 élèves par promotion en France et 200 à l’étranger (y compris le Brésil). Le coût de ce cursus sera le même que le cycle étudiant actuel, soit un peu moins de 7 000 euros par an, avec des gradations suivant le profil social (gratuit pour les boursiers dernier échelon) et les possibilités liées à l’apprentissage.

(1) Lille, Nantes, Toulouse, La Roche-sur-Yon, Vannes, Paris-Sénart.

Reproduit avec l’aimable autorisation d’AEF.

Auteur : Sarah Piovezan
Source : dépêche AEF
Site : aef.info